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Il faut qu'on parle de vos VUS

10 juillet 2018

Je voulais depuis longtemps parler de ce problème économique, environnemental et pour la santé que constitue l’épidémie des véhicules utilitaires sport (VUS) et autres gros véhicules. Parce qu’il est plus que temps d’y faire face, et d’enfin la combattre.

Alors qu’en 1990, les camions légers composaient à peine 15% du parc automobile privé, leur part a augmenté pour atteindre 37% en 2017. Depuis deux ans, il se vend, pour usage privé, plus de VUS et  de camionnettes que de voitures! Tous ces gros véhicules tout-terrain ne servent pas à traîner de lourdes charges dans le bois. Nous les achetons parce que nous sommes sensibles à un matraquage publicitaire omniprésent et parce qu’ils sont confortables, spacieux et rassurants. Quitte à se faire frapper par un VUS, mieux vaut être soi-même dans un VUS.

Si les camions légers protègent leurs occupants, c’est malheureusement au détriment de ceux dont ils croisent la route. Vous l’avez peut-être vu dans les médias américains ou québécois : les études montrent que ces véhicules sont beaucoup plus dangereux pour les piétons – et aussi pour les occupants de véhicules plus petits –, en raison de leur poids et de leur format. Ils projettent notamment les piétons qu’ils heurtent au sol plutôt que sur le pare-brise, augmentant le risque de blessures graves. Quel est leur impact exact sur la sécurité routière? Faute d’analyse disponible, on ne le sait pas précisément, mais c’est de toute évidence un dossier à suivre de près.

Les VUS et autres camions légers ne sont pas seulement de potentiels dangers sur la route : leur prolifération est une épine dans le pied de la lutte contre les changements climatiques, un lourd boulet à traîner dans le dossier de l’électrification des transports et un poids dans nos budgets familiaux.

Parlons consommation moyenne de carburant. En 2014, celle d’une voiture était de 8 litres aux 100 km; celle d’un camion léger, de 11 litres. Si le parc automobile privé avait la même composition qu’il y a 25 ans, en tenant compte de l’amélioration de l’efficacité énergétique de chaque segment, nous aurions économisé l’an passé environ 400 millions de litres d’essence et près d’un million de tonnes de gaz à effet de serre. En gros, tout le progrès fait en efficacité énergétique a été réduit à néant par l’augmentation de la taille des véhicules – sans compter l’augmentation des distances parcourues, qui vient aggraver le bilan.

Parlons électrification. L’industrie travaille fort, mais concevoir une batterie qui assure une autonomie suffisante est plus facile pour une voiture de 950 kg que pour un VUS de 2,5 tonnes, même à vide. La généralisation des camions légers prive l’industrie de l’auto électrique d’une bonne partie de son potentiel de vente et ralentit donc la recherche. Nos cibles d’électrification des transports n’étaient déjà pas faciles à atteindre; voilà que nous devons en plus faire face à cette tendance lourde.

Parlons argent. Collectivement, les Québécois ont dépensé l’an passé 12 milliards juste pour acheter des camions légers, sans parler du carburant pour les faire rouler. Si la moitié des VUS achetés avaient été des voitures, c’est deux milliards de dollars qui seraient disponibles pour le reste des besoins des ménages : vacances, culture, camp de jour, impôts et taxes locales, etc.

La courbe vertigineuse de la pénétration des VUS dans nos vies montre deux choses. D’une part, l’industrie automobile a bien joué ses cartes. D’autre part, l’État, le milieu environnemental et celui de la santé ont dormi au gaz. C’est terrible de constater le décalage entre, d’une part, l’énergie mise à faire la promotion : du véhicule électrique; de l’abandon des pailles en plastique; de l’usage de sacs réutilisables; et du choix d’électroménagers Energy Star et, d’autre part, le quasi silence sur la menace galopante que représente le remplacement des voitures par les camions légers. Nous nous incluons parmi ceux qui n’ont pas parlé assez fort, malgré une prise de conscience déjà ancienne.

Pour inverser la tendance, une solution simple : mettre en place un bonus-malus. Lorsque nous décidons d’acheter, pour un usage privé, un véhicule énergivore et dangereux pour les autres, il est légitime qu’une pénalité financière nous aide à prendre conscience de l’impact de ce choix et, idéalement, à changer d’idée. À l’heure où plus de la moitié des ménages achètent de gros véhicules – même si les familles sont de plus en plus petites –, nous ne nous ferons pas d’amis avec cette proposition. Pourtant, les VUS coûtent cher à la société et il faut en prendre conscience.

Il faut qu’on parle de nos VUS, pendant qu’il en est encore un peu temps.

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